Histoire et évolution de la scierie

Un métier ancien : le sciage du bois

De l’Antiquité au XX ème siècle, le sciage du bois a une histoire. Cette histoire est étroitement liée à la vie des hommes du monde rural.
Pour découvrir les évolutions de ce métier, les témoignages écrits et oraux sont nécessaires. Ces évolutions seront abordées dans ce chapitre sous l’angle d’une pratique professionnelle, allant des scieurs de long aux scieurs modernes d’aujourd’hui.

De la scie à main à la scie mécanique

L'invention de la scie à main est attribuée à un architecte grec, aux environs de 1 200 ans avant Jésus-Christ, qui eut l'idée de reproduire dans du fer la denture de la mâchoire de requin dont il se servait pour scier des pièces de bois.
D'un point de vue étymologique, du latin secare, couper, le verbe scier, d'après scie aurait été orthographié sier au XIIIème siècle, puis scier au
XIVème siècle où le c a été introduit pour éviter l'homonymie avec sieur.
Si l'homme a su mettre la scie à son profit, depuis l'Antiquité, l'évolution de l'outil et du sciage proprement dit a été assez lente.
En ce qui concerne la scie employée pour débiter le bois, deux tendances se sont développées :

- La première, celle de la scie des scieurs de long, qui restait un outil manuel.
- La seconde, celle de la scie des moulins qui était actionnée mécaniquement.

La scie manuelle des scieurs de long

Outil plus ou moins grand, avec ou sans cadre de bois de sapin, la scie des scieurs de long dénommée la niargue ou encore la beiche n'est plus guère utilisée que dans les fêtes folkloriques ou peuplades reculées de pays en développement.
En France aujourd’hui, la scie a rejoint la cognée du bûcheron et les outils usuels d'autrefois dans les coins poussiéreux des granges et des musées.
Cette scie, présente dans le célèbre catalogue de Manufrance jusqu'en 1914 à la rubrique 894, a été l'outil indispensable pendant des siècles et pour des générations de courageux tâcherons de la forêt : les scieurs de long.
Chez les scieurs de long, dont le Saint patron est Simon, Jude, fêté en octobre, une certaine forme de corporatisme a existé à l'image des compagnons charpentiers.
Les scieurs de long originaires du Massif central - Auvergne, Corrèze, Limousin - quittaient leur village en équipe de quatre à six membres, laissant femme, enfants, et exploitation.
Munis d’un passeport délivré par le prêtre de la paroisse qui leur avait consenti une procuration pour la bonne gestion de leurs biens, ces paysans pauvres étaient alors en règle pour leur voyage. Aguerris au travail pénible et aux conditions climatiques difficiles de la montagne, ils ne rechignaient pas devant l'ouvrage qui les attendait loin du pays. Embauchés dans des régions bien précises par des marchands de bois, parmi lesquels se trouvaient d'anciens scieurs de long qui s’étaient établis à leur compte, ils partaient pour le Morvan, le Jura, les Vosges, les
Ardennes, la Haute-Normandie, la Touraine et même l'Italie et l'Espagne.
Les scieurs voyageaient à pied, la scie démontée, havresac et chapeau à large bord pour les protéger de la pluie comme de la sciure. De septembre à la Saint-Jean, ils partaient en campagne. Ils revenaient au pays, riches d'un petit pécule et d'une expérience qui les rendaient importants aux yeux desautres. Petits exploitants et journaliers issus du monde agricole retrouvaient un semblant de dignité. Les gains ramenés servaient à agrandir l'exploitation de quelques parcelles, le cheptel de quelques unités, à s'établir ou encore à rembourser frères et
sœurs. Etre scieur de long, cela voulait dire des journées de douze à seize heures à peiner au dehors et par tous les temps.
C'était aussi être pour le Chevrier, en équilibre précaire, les pieds calés sur le chevalet en bois ou à même le sol pour le Renard, suspendu à la scie, les yeux continuellement agressés par la poussière acide du bois, à travailler rudement de l'aube à la nuit. Débiter des planches, des
poutres ou encore des traverses de chemin de fer au milieu du XIXème siècle, tel était l'ouvrage.
Les scieurs côtoyaient sur les chantiers forestiers bûcherons, fagotiers, merandiers, sabotiers. Ils vivaient ensemble, chichement, pendant la période d'exploitation dans des loges faites de bois, de terre et de branchages.
Une descendante de scieurs de long, Marie-Thérèse Liange, a comptabilisé cent trente ouvriers migrant de Sauvain, petit village des Monts du Forez dans le Massif central, pour la période 1700-1840, sans compter ceux restés au pays et qui n'ont pas été inventoriés.
C'est à partir du milieu du XIXème siècle que le déclin de l'activité des scieurs de long s'amorce : les voies de communication se développent et deviennent plus praticables. Les bois en grumes sont plus facilement transportables. Acheminé par voiturage à la traîne ou encore par flottage, le bois gagne les scieries installées au bord des torrents de montagne ou des cours d'eau de la vallée.
Peu à peu les équipes de scieurs de long se disloquent. Beaucoup de retour au pays créent leur propre scierie et ont enfin la sécurité d'un travail à l'année et un toit sur la tête. Quelques équipes survivront, rendant service dans les cours de ferme ou sur les places de village pour le sciage de quelques billes de bois, avant que la profession ne s'éteigne définitivement en France après la seconde guerre mondiale.

Le véritable essor des scies mécaniques de l'époque romaine à la fin du XIX ème siécle

En reproduisant mécaniquement le mouvement des scieurs de long, les romains utilisaient déjà des scies alternatives fonctionnant à l'eau, pour débiter en plaques les blocs de marbre qu'ils tiraient des carrières de Carrare ou d'ailleurs.
Le poète Ausone (IVème siècle), dans une série de vers consacrés à la Moselle, parle de « la lame stridente de la scie, dont le continuel sifflement se fait entendre sur les deux rives ».
En 1040, en Franche-Comté, on parle d'une « Mareschian » ou « Reisse à bois » et à la même époque, en Savoie, de « Raisse » pour désigner la scie mécanique.
Un traité de 1284 use pour désigner les scieries de l'expression « moulins pour soier planches » laquelle, traduite en français contemporain, veut dire « moulins
pour scier les planches ».
En 1303, dans l'énumération des biens immobiliers de l'Abbaye de Saint-Sernin de Toulouse figure une scie à eau. Dans les Vosges, on substitue à moulin à scier le mot « sye ». De là est née « la sye » de Saint-Mousse à Arches en 1426.
On le voit, les références aux scies mécaniques sont nombreuses. Reste à définir leur évolution technologique.
Si le mouvement initial reproduisant celui des scieurs de long n'a jamais changé, on le retrouve d’ailleurs toujours sur les machines actuelles, l'entraînement du cadre, quant à lui, n'a pas cessé d'évoluer à travers les siècles.
C'est d'abord l'invention embryonnaire de la came par les Romains. Un principe qui se perdra pour être redécouvert au Xème siècle. La came permet de résoudre partiellement la transformation d'un mouvement circulaire continu en un mouvement rectiligne alternatif.
Mouvement idéal pour reproduire le geste lancinant des laborieux scieurs de long. Au XIIIème siècle, la came trouve enfin son débouché dans les moulins, foulons à papier, à fer et dans les scieries hydrauliques. L'architecte
et ingénieur Villard de Honnecourt a laissé dans un album de croquis la première représentation connue d'une scie à bois de long mécanisée.e

Il faut attendre le XVème siècle et les travaux de Francesco di Giorgio Martini, repris par Léonard de Vinci, qui apporteront un progrès décisif dans l'essor du vilebrequin.
Le système de sciage, bielle - manivelle, naît véritablement. Désormais, l'arbre n'entraîne plus de came mais une manivelle ou un vilebrequin.
Aux XVIIème et XVIIIème siècles, plusieurs auteurs font une place aux Instruments de sciage mécanique dans le cadre de traités intitulés « Théâtres ». L'Encyclopédie de Diderot et
d'Alembert propose un modèle de Moulin pour scier le bois très représentatif de l'avancée technologique du métier à l'époque.

Un nouveau tournant sera pris en 1799 avec le premier brevet déposé de la scie circulaire appelée par son inventeur, M.Albert, un mécanicien de Paris, scie sans fin. Cette scie était composée de plusieurs segments circulaires en tôle de fer montés sur un arbre horizontal.

Encore plus décisive sera l'invention en 1808 de la scie à ruban par l'Anglais William Newberry.
Cette innovation extraordinaire mettra malheureusement du temps à être vulgarisée. En avance sur son époque, la scie à ruban n'a pas trouvé tout de suite la reconnaissance qu'elle mérite. Il faudra, en effet, attendre l'avènement de l'ère industrielle pour enfin posséder des lames résistantes et des bâtis rigides.
Cette avancée a été rendue possible grâce aux progrès de la sidérurgie moderne qui permettront d'affiner les aciers des lames et d'adjoindre les alliages de chrome et de nickel. L'amélioration des systèmes de guidage de la lame et d'amortissement des chocs augmentera considérablement la durabilité de l'outil et fera l’objet de nombreux brevets déposés à partir de 1830. Cela permet dès la fin du XIXème siècle de disposer de machines très proches de celles que l'on connaît aujourd'hui.
Dans son remarquable ouvrage Les scieries et les machines à bois (1902), Paul Razous présente les scies à ruban à chariot automatique, à chariot libre et à dédoubler. Il parle même d’une grande scie à ruban, un métier, pour débiter les bois en grumes dont les
poulies porte-lame atteignaient 2 mètres 50 de diamètre en fonctionnement à l'Exposition
Internationale de Chicago en 1893.
Cette scie, construite par la maison Kirchner, était à la fin du XIXème siècle le plus grand modèle connu. Plus frappante encore est la description du principe d'avoyage des scies à ruban pratiqué couramment à l'époque par les Américains : l'aplatissage des dents que nous nommons aujourd'hui l'écrasement.

Des moulins à scier aux scieries

Du moulin à scier d'hier à la scierie moderne d'aujourd'hui, il n'y a qu'un pas que les hommes du bois et de la forêt ont pourtant franchi lentement à travers les siècles.

Du moulin à la scie

Si les régions de l'Ouest ont longtemps loué les services des scieurs de long auvergnats, les régions montagneuses, Alpes, Jura, Vosges, Massif central, Pyrénées, du fait de leur configuration, relief et  hydrographie, ont très tôt adopté le sciage mécanique.
Au moment de l'électrification du monde rural, dans les années 1930, des scieries hydrauliques fonctionnaient déjà depuis plus d'un siècle et même parfois davantage. 

La circulaire, appelée la scie ronde ou encore La grande mécanique, n'apparut que
timidement au début du XIXème siècle. Elle marqua un grand progrès grâce à sa vitesse élevée qui assurait une coupe régulière et continue.
Au milieu du XXème siècle, la scie à ruban la détrônera définitivement du « sciage de tête ». Réputée mangeuse de bois en raison du passage important et dévoreuse de membre de par sa dangerosité, les Français la bouderont longtemps. Ils la tiendront éloignée, bien cloisonnée et enfermée dans les caissons d'acier des déligneuses. A l’inverse, dans les pays scandinaves et américains, la scie circulaire a toujours été maintenue en premier débit : scie à grume et canter.
Gérant les affaires souvent en famille, les propriétaires de moulins à scier répondaient aux besoins locaux et travaillaient pour les marchands de bois des villes. Peu à peu, ils se sont fabriqué une culture bois ainsi qu'une renommée de petits industriels de la campagne. Scieurs accomplis, leurs moulins sont devenus « Leurs scies ». Une appellation toujours en vigueur aujourd'hui dans le milieu.
Par ailleurs et curieusement, la dénomination moulin pour définir la scierie est encore d'un usage fréquent aux Etats-Unis et au Canada. Preuve s'il en est que le métier a une histoire, son histoire.

Identité des propriétaires des anciennes scieries

De nombreuses appellations montrent la manière dont les scieries ont été juridiquement  reconnues et exploitées. Une liste, non exhaustive, fait apparaître dans l'histoire du métier différents régimes de propriété :
       - Scierie de particulier en nom propre : le propriétaire est un ancien scieur de long, un paysan, un moulinier...

      - Scierie domaniale et scierie communale : elles sont exploitées par le Sagard dans les Vosges. Propriété de l'Etat, elle est gérée par
l'inspection des Eaux et Forêts pour la domaniale.  Propriété des communes, elle est gérée par les collectivités locales pour la communale.

    - Scierie à exploitation collective : suite à un partage familial, l'ayant droit en jouit quelques heures ou jours par semaine suivant ce qui
lui revient par droit de coopération à la construction ou par héritage. Cela permet de scier ses propres bois à peu de frais. Cette pratique est restée en vigueur dans le Bourbonnais jusqu’aux années soixante-dix.

    - Scierie des communautés religieuses : le scieur est en fermage et les moines retirent un revenu de la vente des produits issus de leurs forêts. La fin de l'Ancien Régime et la saisie des biens des communautés permettent aux scieurs de s'affranchir en rachetant les moulins à l'état.

Le cas particulier des scieries "mobiles et volantes "

Se rendre à proximité de la coupe, installer l’outil de débit est une pratique très ancienne datant des scieurs de long. A partir du milieu du 19ème siècle et lorsque les outils de sciage vont se mécaniser, des scieries « mobiles ou volantes » se déplaceront sur les chantiers forestiers.
Actionnées par des machines à vapeur dans un premier temps, les scies à ruban et circulaires seront animées par des moteurs thermiques dans un second temps.
Cette pratique s’éteindra peu à peu dans les années 60 où les derniers scieurs itinérants se sédentariseront. Le sciage mobile renaîtra dans les années 80-90 avec de
nouveaux matériels assez sophistiqués permettant d’exercer ce métier avec moins de pénibilité et plus de productivité. En 2010, la profession des scieurs mobiles compte une soixantaine de membres. Un syndicat des scieurs mobiles et artisanaux de France (SMAF) s’est créé en 2009 et compte une trentaine de membres.

Situation avant la seconde guerre

Cette période sera marquée par les évolutions techniques qui vont permettre d'affermir la pratique du métier de scieur.
La scierie va se professionnaliser et devenir un métier à part entière avec sa culture, ses techniques, ses pratiques, sa presse professionnelle et ses formations.
Du point de vue technique, la scie à ruban fixe ou mobile (scieries volantes) supplante la scie circulaire et la scie alternative en raison de sa souplesse d'utilisation, de sa polyvalence et surtout de sa faible perte au trait.

Les mutations de l'après-guerre

Après l'ajournement des grandes ventes de 1938 et la sombre période de la guerre, la production en 1945 se remet peu à peu en place avec le retour des prisonniers.

L'après-guerre, c'est aussi le début de la période euphorique des Trente Glorieuses et de l'effort national demandé par le gouvernement.

Critiquée par les uns, louée par les autres, il n'en reste pas moins que l'on retiendra de cette initiative qu’elle constitua un véritable plan de guerre à la relance :
- la trace de 4 millions d'hectares de forêts supplémentaires, essentiellement l'enrésinement des années
1950-1960 sur les terres laissées vacantes par l'exode rural des paysans français, 
- l'amélioration de la mobilisation des bois, grâce à l'ouverture des pistes et des chemins forestiers,
- la modernisation des parcs machines pour l'exploitation de la forêt et la transformation du bois, - enfin, la promotion du bois, depuis la création des interprofessions.
Sur le plan technique, l'après-guerre sera l'occasion de constater des mutations qui vont transformer les travaux forestiers. Tronçonneuses à deux hommes puis à un homme et tracteurs forestiers vont lancer la première vague de mécanisation en forêt

Le transport, bénéficiant de l'amélioration des infrastructures routières et de l'ouverture des pistes forestières, va aussi suivre cette tendance avec les premiers grumiers à câble  et camions GMC des surplus américains, légers et maniables.
Ils remplaceront peu à peu les transports lents du bois acheminé à la traîne, au trinqueballe ou sur chars par traction animale avec des chevaux ou des bœufs. Pas totalement abandonnés dans les zones de montagne, ces transports subsisteront jusqu'aux années 1980 pour
alimenter les scieries artisanales.

L'industrialisation à partir de la fin des Trente Glorieuses

Les trois dernières décennies du XX ème ont débuté en pleine crise suite au premier choc pétrolier et se sont achevées dans la tempête de décembre 1999. Les deux événements ont touché de près les gens du bois et de la scierie en particulier.
Dans le premier cas, le choc pétrolier, ce furent les promesses de travail qui s’échappaient avec la période de reconstruction qui prenait fin.
Dans le second cas, la tempête, ce fut une réorganisation complète de la sylviculture et de l’exploitation qui s’imposait face à l’urgence de la situation générée par le minicyclone qui ravagea la forêt française

La fin des Trente Glorieuses et le record de production

Dynamisée par le courant bâtisseur, la période est faste pour les 10 000 scieries françaises de la
fin des années soixante. Elles atteindront un sommet de production de 10 millions de m3 de sciage en 1973 qui
fait oublier la passe délicate de l’exploitation et de la transformation des quelque 3 millions de mètres cubes de
chablis issus des coups de vent des mois de février, mars et mai 1967. Cette catastrophe toucha l’ensemble de
l’Europe avec un volume abattu de près de 30 millions de mètres cubes.

Les années 90 : crise et tempête

De ces années-là, deux événements majeurs sont à retenir : la crise économique de 1993 et la tempête de décembre 1999 qui marquera d'une façon tragique la fin du millénaire. La décennie 1990 enregistre dès son début le troisième choc pétrolier. La durée sera brève mais suffisante pour déstabiliser encore une fois l'économie planétaire et accentuer la récession déjà largement engagée en Occident.
Avec l'invasion du Koweït le 2 août 1990 par l'Irak et la guerre du Golf qui s'en suivra, le climat de doute ne fera que se renforcer.
En France, la crise de l'immobilier sévit fortement. Les stocks d'appartements, d'immeubles n'ont jamais été aussi importants. Les ventes ne se concluent pas. C'est la faillite pour bon nombre de  péculateurs et de marchands de biens. Par ricochet, l'activité du bâtiment ralentit.
Les consommateurs sont frileux. Le chômage sévit fortement avec la récession. Le syndrome de la crise est général et s'étend à l'Europe.
Le secteur du bois n'est pas épargné. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, la baisse de l'activité dans la construction sanctionne encore une fois les entreprises de scierie les plus fragiles et les moins armées financièrement et commercialement pour supporter le passage extrêmement difficile et sans doute sans précédent depuis la crise de 1931.
L'année 1993 sera la plus douloureuse pour les scieries de résineux, quelle que soit leur taille.
A la récession économique, s'est rajoutée l'absorption des 110 millions de m3 de chablis résineux issus du Nord et de l’Est de la France, de Belgique et d'Allemagne dus à la tempête de début 1990.

les années 2 000 : de l’exploitation intense des chablis à la crise financière

Le début de la décennie est marqué par l’exceptionnelle mobilisation des chablis par les exploitants forestiers, les entrepreneurs de travaux forestiers et les scieurs encouragés financièrement par les pouvoirs publics (aide aux équipements, aide au transport, aide au stockage). L’écoulement des produits profite d’une bonne santé de la construction qui, année après année, va culminer en 2007 à 420 000 mises en chantier. Chiffre record après les 550 000 mises en chantier de 1973…

Le constat de la concentration

Si l'on sait scier du bois depuis l'Antiquité, scieurs de long et moulins à scier, le véritable essor du sciage en France ne se produira effectivement qu'à partir de la fin du XIXème siècle. Cet essor sera lié à l'avènement de l'industrie métallurgique mise au service des machines - bâti fonte - et des outils - lame en acier allié.
L'électrification du monde rural entre les deux guerres contribuera à donner un élan supplémentaire aux scieries.
Avec l'amélioration des transports, les grandes évolutions techniques se feront surtout sentir après la seconde guerre. Le concours bénéfique des fabricants de matériel, et ils ont été nombreux en France, renforcé par la création d'écoles spécialisées et du Centre Technique du Bois (C.T.B) professionnaliseront définitivement le métier. La période euphorique des Trente Glorieuses, avec en 1973 son chiffre record de 550 000 logements construits, consolidera les entreprises de sciage qui travaillent essentiellement pour le bâtiment. Elles pourront capitaliser leurs gains et renforcer leur savoir-faire. Deux éléments fondamentaux qui permettront aux scieries les plus solides, portées par un élan moderniste sans précédent, de se restructurer en gagnant les vallées dans les années quatre-vingt. Encouragées par les pouvoirs publics qui voudront doper la filière bois, grâce aux subventions F.F.N, les scieries se mécanisent puis s'automatisent et enfin se robotisent. Le concept d'optimisation
investit le monde fermé de la scierie. La gestion de la production s'informatise. Dans le même temps, la profession se dote d'un outil de normalisation et de labellisation des sciages par l'intermédiaire de l'organisme certificateur le Centre Technique du Bois et de l'Ameublement. Que de chemin parcouru depuis l'électrification et le désenclavement des scieries entre la battante actionnée par l'eau des torrents et la scie robotisée d'aujourd'hui !
De 10 000 scieries en 1967, il en reste un peu plus de 2000 en 2005. Malgré la disparition de 80 % des scieries, la production oscille depuis 1973 autour des 10 000 000 m3 de sciage

Extraits de l'étude de l'observatoire du métier de scierie - Histoire et évolution sociologique de la scierie - Albert Jacquard