La Mission Interministérielle d’Aménagement de la Côte Aquitaine

(la M I A C A)

 

L’image du littoral landais est profondément liée aux grands espaces de nature préservés avec sa longue dune côtière et son immense pinède parcourue par des courants et interrompue, de temps en temps par des étendues lacustres. Cette richesse semble aller de soi, comme si l’échelle géographique exceptionnelle de ces milieux et de ces paysages suffisait à préserver leur intégrité et à réduire à néant la pression économique touristique. 

 

En réalité, l’organisation du littoral et la partition entre secteurs urbanisés et secteurs naturels est le résultat d’un projet politique, engagé par l’Etat et relayé par les collectivités territoriales. C’est un projet ancien qui est intervenu au cours des décennies 60 et 80. Préoccupé par les effets du développement spontané du tourisme estival sur les côtes, l’Etat avait créé la Mission Interministérielle d’Aménagement Touristique du Languedoc, au tout début des années 1960. Quelques années plus tard, sur ce modèle du littoral méditerranéen, est créée, par décret en date du 20 octobre 1967, la Mission Interministérielle d’Aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA).

 

Le champ d’action de la MIACA portait sur les 3 départements, Gironde, Landes et Pyrénées-Atlantiques. (Ici)

 

 

 

 

L’objectif était de doter le territoire des équipements touristiques nécessaires tout en lui donnant, d’une part, une image de marque originale fondée sur la conjonction de l’océan, de la forêt, des lacs, et d’autre part, en lui conservant son équilibre écologique et humain. Ces objectifs à priori contradictoires de développement et de préservation étaient traduits par un schéma d’aménagement de la côte.

 

Dans le département des Landes, avaient été retenues 3 unités principales d’aménagement (UPA) sur les 9 programmées sur l’ensemble du littoral. Ces unités, qui devaient se greffer sur des installations déjà existantes, représentaient des emprises foncières importantes : au nord, le secteur de Biscarrosse, au centre, l’unité se développait d’Aureilhan à Lit-et-Mixe, et la dernière, de Vieux-Boucau à Capbreton. Ces nouvelles stations touristiques, étaient programmées sous forme de ZAC (zone d’aménagement concertée), suivies par un architecte en chef désigné et rémunéré par la MIACA, mais dont les maîtres d’ouvrage étaient les collectivités locales. Elles étaient séparées les unes des autres par les secteurs d’équilibre naturels (SEN). Dans ces secteurs de coupure d’urbanisation, des mesures de protection des espaces naturels étaient mises en place, dont la création de réserves naturelles et la protection des paysages, avec des sites classés ponctuels et la création de deux grands sites inscrits. 

 

 Deux autres points particuliers sont à préciser :

  •  d’une part, la MIACA a confirmé la vocation sociale du tourisme sur la côte Aquitaine. Ainsi le Comité Interministériel de l’Aménagement du Territoire (CIAT) demandait en 1976 que 30 % des hébergements créés soient à vocation sociale, ce qui conditionnera certaines formes urbaines denses, et parallèlement il soutenait la création de campings de qualité, propres aux sites boisés et dunaires, via un plan camping, en accompagnant les investissements à hauteur de 50%.
  • d’autre part, la MIACA ne se limitait pas à l’aménagement du littoral. Dès le départ, le projet était en effet de travailler seulement sur une "côte épaisse", un territoire d'une largeur de 30 km : son objectif était explicitement d'éviter une surexploitation du littoral pouvant engendrer une désertification de l’arrière-pays. C’est ainsi que dans les Landes, elle a participé activement à la création du Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne et à la mise en œuvre de l’Ecomusée de la Grande Lande à Marquèze, du Village de vacances de Sabres, de l’Atelier des produits résineux de Luxey, de la Maison des artisans de Pissos. 

Quels sont aujourd’hui les paysages que la MIACA nous a légués ?

 

 

 

Les plus importants paysages en terme d’emprise sont les coupures d’urbanisations entre les différentes antennes littorales, les secteurs d’équilibre naturels (SEN) qui ont permis de préserver de l’urbanisation des dizaines de kilomètres de plages, de dunes et de forêts, dont la permanence semble évidente et la pérennité acquise.

 

 

 

Un autre legs moins visible mais essentiel sur le plan environnemental est l’important investissement qui a été fait sur le réseau viaire, sur les réseaux d’assainissement dimensionnés pour les développements futurs mais, surtout sur « l’état de santé » des quatre plus grands lacs de la côte aquitaine (Carcans-Hourtin, Lacanau, Cazaux-Sanguinet et Parentis-Biscarrosse).

 

 

 

Des suivis réguliers de la qualité des eaux et des sédiments ont été mis en place à partir de 1970. Réalisés par le Centre Technique du Génie Rural des Eaux et Forêts, ils portaient sur les teneurs en nutriments et en divers contaminants (métaux, pesticides) mais aussi sur les teneurs des eaux en chlorophylle et sur la production primaire algale. 

 Les apports de la MIACA à Sanguinet ?

  

Contrairement aux autres UPA, la MIACA n’a prévu aucune zone d’aménagement concertée (ZAC) sur le secteur de Biscarrosse / Sanguinet. Notre village a néanmoins bénéficié de quelques retombées financières qui ont permis la création du Camping du Broustaricq et le démarrage du réseau d’assainissement collectif.

  1.  Le camping du Broustaricq

Dans le souci de développer la capacité et l’accueil touristique des négociations ont été menées dès 1977 avec les propriétaires du secteur de Larrat délimité au sud par le lac, au nord par la route de Langeot, traversé par la route de Sabas et par la craste de Cabougnon. Ces terrains sont en majorité boisés avec un mélange de pins et de feuillus (chênes, châtaigniers, arbousiers, saules, houx,..). Le projet prévoit, en bordure du lac, l’aménagement d’une plage avec apport de sable, l'installation de sanitaires et d’un parking. Le terrain accidenté entre la route de Sabas et la craste de Cabougnon a pour vocation de devenir une zone d’activité de loisirs avec l’aménagement d’un théâtre de plein air. Onze hectares situés au nord de la craste jusqu’à la route de Langeot seront consacrés au camping. L’intérieur du camping sera desservi par trois voies en boucle pour desservir 122 emplacements pour tentes, 278 emplacements pour caravanes et 5 blocs sanitaires. Les travaux seront réalisés en deux tranches. 

 

      2. Le réseau d’assainissement collectif 

 

Depuis une dizaine d’années, plusieurs projets de création d’un réseau d’assainissement collectif ont été élaborés sans jamais aboutir pour des raisons financières. La nécessité de protéger la qualité des eaux du lac qui alimente en eau potable les pays de Buch et du Born a amené l’Administration à s’opposer systématiquement à tout développement du village en terme de création de lotissement ou de camping. Les études ont alors été reprises. Un site idéalement situé sur la ligne de crête entre le bassin d’Arcachon et le lac a été retenu par les hydrogéologues pour y implanter des lagunes avec un exutoire vers le Nord pour éviter tout risque de pollution du lac. Une fois le terrain acquis, les travaux démarrèrent en 1979.

 

En première tranche ont été réalisés : la station de lagunage en bordure de la commune du Teich, le poste de refoulement de Beau Rivage, la conduite entre ces deux ouvrages, la desserte en gravitaire du camping du Broustaricq et du secteur du Parc via une canalisation le long des berges du lac. Ceci pour un montant de 1 600 000 francs subventionné par l’Agence Adour Garonne à hauteur de 450 000 francs et par la MIACA à hauteur de 540 000 francs. La deuxième tranche lancée en suivant a permis de couvrir la zone au nord de la Gourgue (lotissement de l’Orée et la zone artisanale de l’Aiguille). Le centre bourg et les secteurs urbanisés au sud de la Gourgue ne seront desservis que dans les tranches ultérieures.

 

Le 29 juin 1979, Monsieur le Préfet des Landes pouvait procéder à une double inauguration : la première tranche du camping le Broustaricq et celle du réseau d’assainissement collectif. 

L’abandon du canal transaquitain

 

Globalement, les objectifs de la MIACA ont été tenus : elle a permis la création de stations nouvelles et attractives, la mise en valeur des territoires riches en potentialités touristiques, d'éviter le bétonnage de la côte, de préserver les espaces naturels fragiles. L'Aquitaine présente en fin de parcours de la MIACA le visage d’une région préservée.

 Pour autant, tout n’a pas été parfait. La Cour des Comptes a mis en lumière quelques dérives financières ou techniques.

 Pour notre secteur, c’est la mise en service du canal qui relie les lacs de Cazaux / Sanguinet et de Biscarrosse / Parentis-en-Born qui a suscité une grande inquiétude. Dans la chaîne des lacs du Pays de Born, le lac de Sanguinet étant à une altitude plus élevée que les trois autres, les eaux s’écoulent par gravité du Nord vers le Sud. Or, les pêcheurs se sont rendu compte qu’à certaines périodes de l’année le lac de Parentis, présentait une qualité des eaux fortement dégradée et se déversait dans celui de Sanguinet.

  

 

Cet inversement de courant pouvait avoir des conséquences très graves sur la qualité des eaux du lac de Sanguinet, lac reconnu oligotrophe et qui alimente en eau potable les communes avoisinantes. Dès le départ, la SEPANSO avait, pourtant, fait part des risques de nuisances qui pourraient découler des modifications des niveaux des grands lacs landais envisagées par le projet. Elle ne fut pas entendue...