Les Etablissements Lanusse

Les grands incendies qui ravagèrent les Landes dans les années 1945/1949 ont été à l’origine de LANUSSE S.A. Emile LANUSSE (1892-1970) entreprend alors avec son fils Marc (1921-2000) d’exploiter les bois brûlés. Ils achètent un matériel de sciage, composé d’un métier à scier GILET et d’une locomobile à vapeur VIERZON, qui présentent l’avantage d’être mobiles et donc de pouvoir être déplacés de coupes en coupes.
Cette activité qui prend de l’ampleur nécessite une deuxième puis une troisième scierie mobile. Approvisionnées par les premiers tracteurs forestiers LATIL, au début des années 50, ces unités sont regroupées sur un site unique au lieu-dit « Le Bougès » à Sanguinet, d'où partent dorénavant toutes les expéditions.


A cette époque, les scieurs landais débitaient les pins en longueurs courtes, (2m à 2,5 m) pour tenir compte de la rectitude du tronc et de la qualité sans nœud de l’arbre, ce qui permettait de fabriquer des volets roulants, du parquet et du lambris, des moulures, des bois de caisserie, des traverses de chemin de fer, des poteaux de mine et des fonds de wagon. 

Tous les sciages sont traités contre le bleuissement, et sur demande peuvent, être traités insecticide et fongicide, séchés à l’air libre ou en étuve.
L’entreprise construit ses propres ateliers d’entretien de matériel, et acquiert ses propres camions de transport de bois.
LANUSSE S.A. poursuit son développement et devient pour le grand Sud-Ouest le fournisseur de référence des entreprises de Travaux Publics, tels que les Grands Travaux de Marseille, Société Générale d’Entreprises, Société Auxiliaire d’Entreprises, Campenon Bernard, Fougerolles, Chantiers Modernes, Gris, Poclain.


Les clients sont livrés sur tous les grands chantiers de la région : Bordeaux, la Rochelle, Rochefort, Angoulême, Périgueux, Bergerac, Fumel, Agen, Auch, Tarbes, Pau, Bayonne et même jusqu’en région parisienne. 

En 1965, la Société LANUSSE se diversifie en ouvrant au lieu-dit Goubern à Biscarrosse un négoce  de bois et matériaux pour particuliers et artisans. Ce dépôt de 26 085 m² sera vendu en 1981 à la SARL TOIT et BOIS. (site actuel de BISCABOIS).

 

A deux reprises, en 1969 et en 1976, la société tente, mais en vain, de se diversifier.


En 1976, la société LANUSSE prend, néanmoins,  une participation dans le capital de DECOBOIS, fabrique de parquets et lambris, à Mézos. Mais, un an plus tard, en raison d’une forte récession, la société DECOBOIS est mise en liquidation amiable.


LANUSSE S.A. valorise ses déchets : L’écorce est vendue à l’entreprise PIN DECOR (dans la zone artisanale de Sanguinet) pour y être calibrée, ensachée et part à destination de jardineries. La sciure est écoulée à la CECA comme combustible, les plaquettes partent aux Papeteries.

Dès 1992, « le grand marché européen » s’ouvre à la mondialisation. La filière bois est durement touchée en raison de

 

- La concurrence féroce des bois scandinaves et des pays de l’Est qui inondent le marché, à des prix qui n’ont rien à voir avec les prix d’achat, d’exploitation et de sciage des bois français : les scieurs français ne peuvent s’aligner.

 

- La récession économique générale qui affecte notamment l’ensemble du marché du bâtiment et des travaux publics : une perte énorme pour toute la filière bois qu’il s’agisse de production de bois pour charpente, coffrage ou emballage.


- La dévaluation de différentes monnaies européennes dont la peseta.

 

Du jour au lendemain, le bois français se retrouve plus cher que ses concurrents sur ses marchés traditionnels. Or, pour l’entreprise LANUSSE, 30% de son marché se faisait en direction de l’Espagne.
Devant le nombre croissant de dépôts de bilan et de licenciements, les responsables professionnels tentent de sensibiliser les pouvoirs publics.

 

En mai 1993, une première manifestation nationale - où se mêlent forestiers aquitains, auvergnats charentais, lorrains et savoyards - est organisée à Nantes (principal port d’importation de bois). Puis, en juillet 1993 une seconde a lieu à Bordeaux, pour interpeller le nouveau ministre de l’Agriculture : La filière forêt-bois-papier, premier employeur aquitain, est « en danger de mort », toute l’économie régionale en péril, comme le prouve le déplacement par milliers de sylviculteurs, bûcherons, exploitants forestiers, scieurs et industriels.


Pour survivre, la diversification est devenue indispensable, d’autant plus que paletteurs et parqueteurs commencent à scier eux-mêmes leurs grumes pour maîtriser leurs approvisionnements et ajouter une valeur supplémentaire à leurs produits.


Malgré les difficultés économiques, en 1994, LANUSSE S.A. investit dans le projet PANOBOIS qui consiste en la fabrication de panneaux de bois lamellés collés, destinés au secteur du bâtiment. Mais le manque de maîtrise technique qui rend la qualité insuffisante ne rend pas pérenne cette diversification.

Emile Lanusse avec le Préfet des Landes lors de l'inauguration du château d'eau

Marc Lanusse lors de l'inauguration du camping Lou Broustaricq


 

 

 

A partir de 1996, la société accumule des pertes financières, avec un outil de production quasiment amorti mais obsolète. L'absence d'investissement dans de nouveaux outils de sciage signe la fin de l'entreprise.

Le 24 avril 1997, l'activité des scieries est arrêtée définitivement et un plan social supprime 80 emplois.

La friche industrielle, vendue en 2019, a connu des divisions parcellaires et différents propriétaires. Elle deviendra principalement une zone à destination d'activités nautiques.

Texte et photos fournis par Christine Lanusse Sarradin

GL