Si vous souhaitez plus d'information sur ce sujet : https://www.attelage-patrimoine.com/2015/06/la-mule-et-le-joug-landais-dans-les-landes-1-histoire.html#
Brève présentation de l'hybride qu'est la mule.
La mule (ou mulet pour un mâle) quand il est le croisement du baudet et de la jument.
A part quelques exceptions liées à des contraintes particulières, les espèces ne se croisent pas entre elles dans leur milieu naturel. Pourtant, l’homme a réussi, par certaines techniques ou artifices, à croiser des espèces entre elles comme, par exemple, le canard mulard (croisement d’un canard de Barbarie avec une cane de Pékin ou une cane de Rouen) ou le coquart (croisement d’une poule et d’un faisan). L’accouplement de l’espèce chevaline avec l’espèce asine a un taux de fécondité inférieur à un accouplement classique de chaque espèce. Cette hybridation donne naissance, mise à part de rares exceptions, à des produits stériles :
Le bardot ( bardeau pour un male, bardote/ bardine pour la femelle) quand il est le croisement d’un cheval et d’une ânesse.
Ce type d’hybride, qui ressemble à un petit cheval à grandes oreilles avec le dos souple, garde souvent le caractère vif du cheval. Il présente en général moins de qualité de travail et de facilité de dressage que le mulet. De plus, les ânesses plus petites que le cheval risquent des problèmes lors des mises bas. Sa production a donc toujours été très limitée, comparée à la production du mulet qui est devenue pratiquement industrielle, tout particulièrement au XIX° siècle.
En général, la mule gagne en taille et donc en force par rapport à ses géniteurs tout en gardant le dos droit et solide de l’âne. De plus, elle présente d’autres qualités; sobriété alimentaire, rusticité, sûreté de pied, « sang froid », courage, bonne résistance aux maladies, longévité de travail,… Bien que doté d’un solide caractère, elle est attentive et docile s’il elle est dressée et manipulée régulièrement par un muletier compétent.
Dans les Landes, les mules furent toujours préférées aux mulets. Les causes de ce choix sont liées à la plus grande vivacité des mulets, ce qui oblige de les castrer avec les risques de complications liés à cette intervention. Peut-être aussi une tradition d’origine religieuse.
« L’étiquette interdisait l’emploi d’animaux castrés aux attelages du pape et les mulets entiers étant parfois méchants, on prit l’habitude, à la cour papale, de n’employer que des mules. Cette méthode, adoptée par les grands d’Espagne et d’Italie, se généralisa au point de devenir une coutume courante » -Lagoeyte, « De l’utilisation des mules dans les landes de Gascogne »
La mule et l'attelage au joug "landais"
Nous vous avons présenté dans la première partie; "La mule et le joug landais dans les landes de Gascogne" 1° histoire", la mutation du territoire des landes de Gascogne. Il a connu, en quelques décennies, une transformation radicale de sa physionomie et de son économie; la disparition de landes marécageuses transformées en massifs forestiers de pins, la supplantation progressive de la traction bovine par la traction muletière et le remplacement des carts à traction bovine par les bros à traction muletière.
Depuis les temps anciens, aux côtés des carts, étaient utilisées des charettes à 2 roues, tractées également par des bœufs et appelées Bros. Au contraire des carts, voitures à quatre roues à la voie étroite de faible contenance versant facilement, les bros étaient adaptés pour circuler dans les dunes de sable d'où la généralisation de leur utilisation pour sortir la gemme et le bois des « pignadas ».
L’intensification de la production forestière, le désenclavement des Landes opéré par l’arrivée des chemins de fer en 1854, la mise en place de réseaux routiers locaux liés aux chantiers d’assainissement et d’ensemencement, nécessitèrent l'amélioration de ces voitures qui devaient porter des charges de plus en plus lourdes. Un article du Sport illustré, de 1899, précise que les bros en pleine charge pouvaient peser de 2t5 l’hiver à 3t5 l’été. Les véhicules en eux-mêmes pesaient de 500 à 1000Kg.
Les muletiers attelaient souvent deux bros à la même paire de mules, ce qui pouvait leur faire porter une charge de 4,5 à 5 tonnes. Nous verrons ultérieurement que ces charges vont fortement augmenter avec l'utilisation des pneumatiques "Michelin", en 1933.
Le "bros" est donc un véhicule extrèmement rustique et résistant.
C'est un véhicule à deux roues; la hauteur de celles-ci varie de 1m40 à 1m70; les moyeux et les rayons sont en accacia, les jantes en chêne, protégées par un cercle de fer de 16 à 30 mm d'épaisseur. La voie (distance entre les deux roues) est à peu prés constante; 1m55-1m60. Ces roues, pour offrir moins de prise à l’effet adhésif du sable, l'été, et pour éviter l’embourbement, l’hiver, sont très larges: généralement de 10 à 12 cm mais pouvant aller jusqu’à16-18 cm.
La partie utilisable du bros, dite cuve, peut avoir diverses contenances mais elle est souvent assez grande pouvant, par exemple, contenir, dans la longueur, cinq barriques de résine de 340 kg chacune.
Le timon appelé aussi aiguille, assez court;1,90-2m, est ferré en son extrémité. Les mules y sont fixées par le joug au moyen d’une cheville de fer. Fixé sous la cuve, il peut, suivant la dimension des roues, être droit, incliné ou coudé.
Le joug pour mules
Depuis l’antiquité, les mules sont attelées en paire au joug pour les travaux agricoles, en particulier le labour; par exemple en Espagne.
« En quelques provinces d’Espagne, on emploie des mules au labourage; ces mules sont attelées au moyen d’un joug. A chacune des extrémités de ce joug sont fixés deux bâtons inclinés entre lesquels se place le cou de la mule »
L’encolure de l’animal est protégée par un coussin en forme de collier s’attachant par le bas. La perche de la charrue s’attache au milieu du joug
Un autre type de joug à utilisation agricole est couramment employé pour les bovins mais aussi pour les mules. Il s’agit du joug dit: à cadre ou à fenêtre. Ce type de joug est également très ancien et Ringelman, dans « Génie rural » (1912), fait remonter son origine aux Macédoniens.
On le retrouve dans différents pays européens comme le montre ce joug d’origine roumaine conservé au musée de Tulcea.
Les différentes variantes de ce type de joug à cadre sont constituées de deux perches horizontales reliées par des montants en bois. Aux extrémités de ces deux traverses se trouvent deux orifices dans lesquels sont introduits deux barreaux en fer. Les barreaux extérieurs sont amovibles pour permettre le passage du cou des animaux par le côté. L’encolure de la mule est protégée par un rembourrage, sans attelles, en forme de collier se fermant par le bas.
Le joug à cadre était couramment utilisé dans des régions proches des Landes de Gascogne, tout particulièrement en Catalogne et dans le Roussillon, sous l’appellation de « coran ». (Ces "corans" étaient également utilisés pour les chevaux en plaine ; région montalbanaise et nord toulousaine -O Courthiade-)
Ce joug à cadre relativement léger a des montants horizontaux aux forme
Les modèles de « coran » étaient dotés d’un anneau métallique articulé, fixé aux traverses intérieures, permettant de centrer le joug et, de part sa mobilité, facilitant le tirage.
Le joug à collier landais
Si le joug en lui même est, semble-t-il, une évolution du joug à cadre, le collier landais, quant à lui, est unique dans sa conception ( il existait bien, dans l'Isere, un joug à collier "la Couleulive" mais dont l'utilisation se limitait aux seuls travaux agricoles).
Nous n'avons pas trouvé de sources permettant de préciser l’origine de ce collier landais. Cependant, la forme homogène de ce modèle, dans l’ensemble des Landes de Gascogne, nous fait penser qu’il s’agit d’un projet conçu par un commanditaire ou un groupe de personnes mais pas d’une adaptation progressive et complémentaire de différents utilisateurs. Toutes les informations sur cette origine seront les bienvenues.
Le joug
Ce joug de type à cadre, réalisé en acacia d’environ 7 cm d’épaisseur, est formé de deux pièces de bois, appelées "pelles", qui sont fixées par deux autres pièces de bois transversales; les "montants", eux-mêmes renforcés par deux tringles métalliques. Les deux « pelles » sont transpercées par des mortaises traversées par des courroies qui permettent de régler l’écartement des deux animaux. La pelle inférieure est dotée d’une plaque de frottement à l’avant où d’un crochet à l’arrière pour fixer la chaîne lors du débusquage ou la manipulation de troncs d’arbres.
Pour la traction d’un véhicule, l’extrémité du timon passe et se fixe par une cheville en fer dans une pièce métallique dite « molade » ; ronde pour une utilisation de travail, ovale pour une utilisation de charroi sur les routes. Cette « molade » est articulée sur des coussinets de fer supportés par les montants. Cette articulation permet d’absorber, en partie, le mouvement de l’aiguille, facilitant ainsi le tirage.
Le collier landais
A la différence du joug du Roussillon "coran" et autres modèles de joug à cadre, le lourd joug landais ne se fixe pas sur d’épais « coussins » d’encolure mais sur de solides colliers en bois.
" Le collier est composé essentiellement de deux montants en bois avec un fort rembourrage et une fermeture inférieure avec crochet. Au sommet…, on y trouve une garniture en fer formant anneau ou « main » ; c’est là que passe la pelle supérieure du joug. " -Lagoethe-
Les selliers landais donnent le nom de crémaillère à cette main.
Grace à l’amabilité et aux descriptions de Monsieur Hauquin, sellier spécialisé dans la fabrication du collier landais, nous pouvons vous présenter ce collier en détail.
Il est composé de deux bois fabriqués en vergne ou en platane dont les formes divergent suivant la morphologie de l'animal.
Textes et photos extraits du blog " Attelage - Patrimoine " "La mule et l'attelage au joug landais"
Remerciements à Mr Patrick Mugnaudeix
Nous souhaitons évoquer le rôle de ces animaux et les défis auxquels sont confrontés ceux qui s’en occupent durant cette période , dans les Landes.
Les mules ont été réquisitionnées par l’armée française puis par l’armée allemande. En août 1944 dans la panique la plus totale des soldats Allemands de l’arrière garde en ont « empruntés » loElles étaient importantes dans les Landes, elles participaient aux transports, aux tâches agricoles, au développement rural. Elles étaient dressées, dociles et résistantes, elles répondaient à la voix. Chaque muletier connaissait ses bêtes car chacune était différente. Ils en prenaient soin et savaient les soigner. « Les mules sont intelligentes et obéissantes, ils ne leur manquent que la parole » dixit un ancien.rs de leurs replis.
C’est un capital qu’il fallait protéger, aussi ont été créé des Consorces de mules. Il s’agissait de mutuelles qui remboursaient les soins ou la perte des mules dues à une maladie ou un accident
Les mules devaient être déclaré en mairie. Durant le conflit elles étaient classées soit pour les travaux forestiers soit agricoles, elles devaient être présentées pour des revues d’attelage à l’occupant. De nombreux équipage : muletier, mules et attelages furent réquisitionnés.
Certains devaient aller en forêt charger des poteaux que les Allemands faisaient abattre par les prisonniers Africains. Ces hommes étaient affamés, mal habillés, ils réclamaient du maïs que les muletiers emmenaient pour leurs animaux « J’en prenais deux grosses poignées que je mettais dans les poches de leur capote. J’avais pitié d’eux, tant pis poEn août 1944, des muletiers reçurent l’ordre de charger leurs attelages (munitions, conserves) mais aussi du foin pour les animaux. Ils se rassemblèrent à Magescq avec ceux de Soustons, Azur et Vieux Boucau. Le lendemain ils prirent la route, à l’étape ils étaient surveillés par des soldats armés. Après quelques jours de marche, ils étaient à Onesse-Lahary puis ils traversèrent Bordeaux. A Saint André de Cubezac, ils reçurent l’ordre d’abandonner leurs mules, ce fut un déchirement. Le début du retour ce fit à pied, dans la haute landes des camions d’une entreprise de Soustons les ramenèrent.ur mes bêtes » se souvient l’un d’eux.
En septembre, ils furent avertis qu’ils pouvaient aller les récupérer dans la région d’Orléans.
M O.Caliot maire de Messanges et conseiller général , et M.J.Coureau président d’une coopérative de semences à Magescq organisèrent l’expédition et le voyage en train.
Ils trouvèrent les bêtes dans un immense enclos à Selles sur cher, elles étaient, blessées, amaigries, mal ou plus ferrées, heureusement un maréchal – ferrant était du voyage avec ses outils et de nombreux fers .
Lors de ces récupérations, des participants reconnurent leurs mules, qui répondirent à leurs appels, ce fut un moment d’intense émotion.