Aujourd’hui, nous sommes préoccupés par les sangliers qui ravagent les bords des routes et parfois nos jardins. Au siècle dernier, les sanguinétois cherchaient plutôt à se préserver des renards porteurs de la rage et surtout grands prédateurs de leurs volailles.
Les loups, eux, ont déserté notre région depuis très longtemps. Pourtant, ils restent dans nos mémoires et notre imaginaire certainement à cause des histoires ou légendes que nous racontaient dans notre enfance nos parents comme « les trois petits cochons » ou « le petit chaperon rouge ».
En fait, le loup gris d’Europe a toujours été présent sur l’ensemble du territoire national. C’était certainement le cas à Sanguinet puisque le secteur compris entre la vallée de la Gourgue et celle de la Moulette, à proximité immédiate du centre bourg, garde au cadastre l’appellation « Lou cugn dous loups », « Le coin des loups » en français.
Vivant et chassant le plus souvent en meutes, cet animal sauvage fait peur. On lui reprochait de s’attaquer, pour se nourrir, au bétail et plus particulièrement chez nous aux troupeaux d’ovins qui pacageaient dans la lande mais, aussi, à l’homme. Charles Daney dans son « dictionnaire de la lande française » fait état, par exemple, du décès de deux enfants attribués au loup entre Pissos et Sore et d’une fillette de douze ans dans la lande de Cornalis. Il était accusé également d’être porteurs de maladies et notamment de la rage.
C’est pourquoi, du Moyen-Age au 20e siècle, une politique de réduction drastique de ses populations a été encouragée par l’Etat français, l’espèce étant considérée comme éradiquée en 1937.
Pour ce faire, des battues étaient régulièrement organisées par arrêté préfectoral. Les habitants étaient réquisitionnés et des primes offertes en fonction de l’animal abattu, loup, louve ou louveteau.
Dans « Journal et Choses de l’ancienne Landes » Félix Arnaudin relate, non sans une certaine pointe d’ironie, l’une d’entre elles :
« une gigantesque chasse au loup.... fut faite en 1855 ou 1856 sur l’invitation des préfets de la Gironde et des Landes, dans les parages de Sanguinet et de Cazaux, d’Ychoux à l’embouchure de la Leyre et de Salles au littoral. Tout ce qui portait fusil fut prié à la fête. Et, un beau matin de l’hiver, la lande pacifique vit s’ébranler une armée de huit ou dix milles [rouillardes ?], égrenée sur un immense cercle s’avançant vers un point commun avec toutes les allures de gens résolus à une effroyable tuerie.....
Un loup resta sur le carreau. Ce n’est guère, n’est-ce pas pour tout ce beau tapage ? Il se trouve que les gredins, ayant eu vent de la chose, avaient vidé à temps l’enceinte....
Or, si l’on en croit la carte ci-jointe [dont nous ne connaissons pas l’origine] le loup serait mort dans notre village du côté de Langeot en limite de département de la Gironde.
Le statut du loup aujourd’hui
Le loup gris avait complètement disparu du territoire français dans les années 1930. Il n’a jamais été réintroduit : des individus issus d’une meute d’Italie du nord ont naturellement trouvé un nouveau territoire en France. La présence de ce mammifère sur le territoire métropolitain est observée depuis les années 1990. Mais, la densité des populations reste faible. Depuis quelques années, une stabilisation des populations en France s’opère. En parallèle, de jeunes individus sont découverts dans des régions où le loup n’avait plus été aperçu depuis un siècle. Le journal Sud-Ouest fait état régulièrement du retour du loup et des dégâts causés en Nouvelle Aquitaine.
Le loup est une espèce protégée par la Convention de Berne de 1979, et par la directive européenne relative à la conservation des habitats naturels de 1992. Le loup est également protégé en droit français, qu’il s’agisse d’un spécimen sauvage ou d’un animal d’origine captive : sa destruction est interdite.
Le loup gris ne représente aucun danger pour les humains, car il est très craintif et évite les lieux trop fréquentés par l’homme.
Alors, promenons-nous dans les bois tant que le loup n’y est pas, si le loup y était....